La France en pointe dans la lutte climatique… parce qu’on a délocalisé nos productions en Chine

« Si le mix électrique de la France avait été appliqué au monde entier les émissions actuelles de #CO2 qui s’élèvent à 35,6 Gt auraient été réduites à 8 Gt et les conditions pour limiter la hausse moyenne de la température à 1,5 °C pratiquement atteintes. » C’est la tribune du jour sur Energeek, par un certain Hervé Nifenecker, président fondateur de « Sauvons le climat » et défenseur de l’énergie nucléaire à travers son ouvrage « Le nucléaire : un choix raisonnable« .

Je ne referai pas ici le débat pour ou contre le nucléaire. Je crédite l’auteur d’avoir défendu son point de vue de manière argumentée, même si je ne partage pas son amour de la radiation. C’est de ma part un doute purement statistique : parmi les 5 pays possédant plus de 30 réacteurs en fonctionnement, seuls la France et la Corée du Sud n’ont pas encore connu d’accident nucléaire grave (il faut néanmoins noter que les accidents nucléaires graves n’ont fait que très peu de victimes directes, en dehors de Tchernobyl). On compte un accident gravissime tous les 13 ans en moyenne, et disons que, statistiquement, la France est en bonne place dans la file d’attente. Rendez-vous en 2024, donc. Je plaisante, bien sur…

Cette tribune de M. Nifenecker est cependant symptomatique de nos contradictions et de notre arrogance. L’auteur affiche le bilan CO2 de la France comme une réussite et l’on comprend in petto que le changement climatique, c’est de la faute à la Chine, à l’Inde, aux USA, bref aux pays mauvais élèves. C’est oublier que la France a massivement délocalisé ses productions en Chine, en Inde, en Afrique. La Chine est le premier fournisseur de l’ensemble des pays occidentaux question électronique, informatique, vêtements, chaussures, électroménager. Nous sommes donc, nous, occidentaux, en tant que premiers clients et donneurs d’ordre de ces pays-usine, les principaux fauteurs de CO2.

Je ne sais pas si c’est en fournissant des réacteurs nucléaires à la Chine qu’on règlera cette question climatique (d’ailleurs, vu le nombre d’accidents industriels qu’on a vu ses derniers temps en Chine, ça ne donne pas envie de tester). Il n’y a guère qu’en envisageant d’arrêter de consommer des produits venant de Chine ou de tout autre pays lointain que l’on fera avancer la cause climatique. Cette option de relocalisation a d’ailleurs la vertu de rendre une puissance d’action au citoyen et au responsable politique. Oui, nous pouvons agir sur les émissions catastrophiques de la Chine et des USA, de loin les principaux producteurs de CO2 ; et oui, il faut le faire, d’urgence, et certainement pas en attendant le bon vouloir des hommes politiques.

Ce qui ne revient pas à dire qu’il faut se remettre à la bougie. En réalité, de même que l’auto-partage, l’objet-partage devrait être un choix systématique. Exemple : choisir de partager un set d’outils, une télé ou un ordinateur, c’est se donner la possibilité d’acheter des produits locaux, plus chers, peut être, mais respectant les normes sociales et environnementales sur lesquelles nous sommes d’accord. Ce doit être un choix de vie citoyen, et non un mouvement de protectionnisme politique (qui n’a aucune chance d’aboutir). C’est aussi et surtout former la trame d’un rapprochement social dont, à mon avis, nous avons bien besoin.

Un rapprochement souhaitable, et même, désirable.

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