Le projet de village mobile, en principes

Après réflexion sur ces problématiques, voici les principes de base du projet tel qu’on a pu le formaliser en petit groupe informel, au cours de différentes rencontres, pour l’instant (sachant que c’est toujours en évolution). En restant le plus simple possible :

  1. Les gens, c’est humain, ont besoin d’un espace privé bien à eux où ils peuvent se retirer. Donc d’un endroit personnel inaliénable : une maison, un camion, un tipi, une yourte… peu importe ;
  2. Cet endroit personnel doit aller à l’essentiel : être confortable, mais être le plus petit et le plus simple possible, limitant de fait toute envie/besoin de suréquipement. Il faut donc mettre de côté, a priori, toute maison contemporaine et c’est pourquoi le village mobile est un projet de fondation ex-nihilo
  3. Il est fondamental que cet endroit personnel soit bon marché et déplaçable, afin que les notions de propriété n’entravent pas la dynamique de groupe (voir ci-après). Ce pourquoi le projet s’appelle « village mobile » ;
  4. Le groupe doit avoir un grand espace commun, que l’individu rejoint ou non, selon son humeur ; car l’espace commun est le fondement de toute société, mais aussi, si l’on tire les conclusions des verts solitaires, de toute vraie autonomie. C’est aussi l’espace des conflits, d’où le « ou non ».
  5. Tout objet nécessaire doit voir sa mutualisation et l’optimisation de son utilisation encouragées : lave-linge, perçeuse, voiture, guitare, ordinateur, télé, jouets, chauffe-savate, canon à patate, etc (on ne se prononce pas sur la nécessité de l’objet en tant que tel, cela doit rester un choix du groupe). Insistons sur le mot « encouragées », ce sera la grande différence avec le communisme. Je ne crois pas qu’il soit ni possible ni souhaitable d’empêcher la possession d’objets personnels – les gens sont libres et doivent le rester, point barre.
  6. Le groupe doit nécessairement être constitué des compétences permettant le maximum d’autosuffisance. On évitera de faire un projet agricole avec un collectif d’artistes, ou un projet culturel avec un collectif de paysans. Le maximum d’autosuffisance sera atteint s’il y a quelques agriculteurs chevronnés, plutôt qu’un groupe d’écolo voulant faire de l’agro-écologie sans expérience notable ; des gens qui connaissent la cuisine, des gens qui connaissent la mécanique, d’autres la menuiserie, d’autres l’informatique ou l’électronique. Ce n’est qu’à ces conditions que ceux qui, dans le groupe, sont artistes ou scientifiques, pourront développer sereinement leur art et nourrir à leur tour, de façon essentielle, le groupe. On n’invente pas le fil à couper le beurre : c’est juste remarquer que chacun est nécessaire dans une société.
  7. Le groupe enfin sera particulièrement attentif à son réseau et à son intégration locale. D’abord, parce que ce genre de projet n’a aucune chance sans soutiens locaux. Ensuite, parce que même en soignant son autonomie afin de minimiser son empreinte, un tel espace ne sera jamais complètement autonome : et c’est heureux, car l’échange est ce qui fertilise – la tentation de l’autarcie est pourtant ce qui guette un très grand nombre d’écolieux. Enfin, et c’est le plus important, parce que l’écologie n’existe pas sans écologie sociale (ou alors, c’est juste de l’environnementalisme à la con).

Un tel groupe pourrait devenir très économe en ressources, je dirais même exemplaire, à condition qu’il ait un peu réfléchi à sa structure initiale. Le village mobile est à mi-chemin entre la communauté totale (qui fait fuir la plupart des gens) et l’individualisme total (avec la consommation associée) : il n’est même pas figé à un point précis entre ces deux extrêmes, ni physiquement, ni surtout socialement. Le tout sans jeter les acquis positifs de la société contemporaine (il y en a), sans rejeter non plus ceux des sociétés ancestrales (il y en a aussi). 

C’est une question d’équilibre. Et de commune.

MAJ 5/7/2019 : dans un tel hameau, il est nécessaire, à mon sens, d’organiser collectivement une chose : la baisse systématique et revendiquée des achats en provenance des pays suivants : Chine, États-Unis, Inde (50% des GES). Pour être franc, je ne suis pas sur que ce soit complètement possible, mais j’imagine cela plus simple à organiser en groupe qu’en individuel. Si un tel village doit porter un seul message politique, ce serait à mon avis celui-là.

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