Le vert solitaire, un courageux marginal

Ma deuxième observation concerne les verts solitaires, ceux qui, d’après leurs contempteurs, veulent nous ramener à la bougie. Ce sont des gens remarquables par leur courage, à mon avis. J’en ai vu qui ont construit leur propre maison basse consommation après avoir scié eux-mêmes les arbres du coin ; qui auto-produisent toute leur alimentation, ainsi que toute l’énergie qu’ils consomment ; qui sont devenus des experts tout azimut de la réparation mécanique/électrique/électronique tout en étant aussi des puits de science question plantes et cuisine du quinoa ; qui n’achètent que ce qui est produit dans un rayon de moins de 100 kilomètres, le tout sans carte bleue, sans voiture, sans plastique, sans antibiotiques. Chapeau ! Je suis admiratif. Mais je ne crois pas que ce soit à la portée de tout le monde.

On pourrait en effet se dire : ok, il suffit donc que tous les écolos lambda deviennent des écolos alpha et on va tous vivre dans la Belle Verte. Mais franchement, qui y croit ? Ce qui me frappe, en effet, c’est :

  1. Les écolo alpha sont très peu nombreux, ce pourquoi je les appelle les verts solitaires (et parce que ça m’amuse) ;
  2. Ils galèrent souvent ; pas toujours simple de s’improviser agriculteur, ou mécanicien, ou artiste hors Sacem comme nos amis que je ne citerai pas ; il faut en fait être un putain de ninja pour vivre en autarcie dans nos contrées (et en plus il faut en avoir envie) ;
  3. Ce sont souvent (eux aussi) des idéologues qui pensent qu’avant, c’était mieux, que les ancêtres avaient tout bon, et que la technologie, c’est le mal. En cela (même si ça vaut la peine de discuter du sujet avec les gens qui pensent que la technologie, c’est le bien), il y a un part d’irréalisme, je trouve. On ne reviendra probablement pas au monde d’avant les computers, ni au monde d’avant le tracteur, d’avant le ciné, d’avant la musique enregistrée, d’avant google, d’avant les banques, etc.
  4. Ils fonctionnent eux aussi souvent autour d’un foyer, c’est-à-dire qu’ils ont eux aussi tout un tas d’objets personnels qui auraient pourtant pu être partagés (voir à ce sujet l’article sur l’impact tout relatif des écolo alpha sur leur empreinte carbone)
  5. Mais surtout, et c’est le point essentiel, ils sont très isolés, voire marginaux. Ce qui fait que toute une partie de leur empreinte carbone leur échappe, à moins qu’ils sachent vraiment tout faire tout seuls, tel des Robinson Crusoé. Nous sommes « contraints par l’environnement socio-technique » (Carbone 4).

Autrement dit, les verts solitaires font le rêve d’être auto-suffisants à titre individuel. C’est très ambitieux et pas à la portée de tout le monde. C’est une manière de dire qu’ils peuvent vivre sans la société (laquelle le leur rend bien en les appelant djihadistes verts, ou khmers verts, ce qui en dit long sur leur exclusion), et c’est ce qu’il se passe.

Donc, mon deuxième constat : les verts solitaires sont aujourd’hui des rebelles isolés qui ont peut être (sans doute) raison sur le fond, mais qui sont en marge de la société. Tout le monde ne deviendra pas un écolo alpha : ceux qui font ce pari font à mon avis un pari insensé.

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