Les écolo lambda et leurs contradictions

Quand j’observe les écolos lambda, ou que je m’observe, j’ai le très fort sentiment de faire dans le symbolique, pas inutile, mais pas efficace non plus. Je peux bien pisser dehors, ne plus prendre l’avion, manger de la viande blanche une seule fois par semaine, mettre des leds et des dispositifs d’économie partout, ne plus acheter de produits sous blister, ne chauffer qu’au bois, n’acheter que du bio, ou des produits équitables ; tout ça, c’est déjà pas mal. Je doute fort néanmoins que ça fasse une division par deux de mon empreinte carbone. Et encore moins par cinq, bien sur. (en fait, non, je ne doute pas du tout, car j’ai réalisé plusieurs fois le calcul de mon empreinte carbone personnelle).

Comme tout occidental moyen, ma vie tourne autour de la notion de foyer. Un foyer=une maison. Pour chaque maison, une cuisine, un four, un frigo, des lits, des jouets, des ordi, une perçeuse, 36 couteaux, une playstation, un barbecue, n vélos, n fauteuils, n livres, n lampadaires, des statues, que sais-je, des litières pour chat, la tourniquette à faire la vinaigrette, le ratatine-ordures et le coupe-friture, etc, etc. C’est une liste sans fin. Il parait que l’homme du Moyen Age utilisait, dans sa vie, une centaine d’objets. Dans la maison américaine moyenne, selon le LA Times, il y a aujourd’hui 300 000 objets. Dans chaque maison. 

Il faut imaginer les cargos, les usines et les esclaves que cela représente. Mais surtout l’énergie de fabrication : selon M. Jancovici, chaque occidental emploie l’équivalent d’un bon millier d’esclaves énergétiques : l’équivalent du travail humain, mais en version pétrole. Je recommande à tous la vidéo de la conférence du bonhomme donnée à Sciences Po pour comprendre le méga-problème que ça pose). Mais il faut aussi se représenter l’énergie d’acquisition : nombreuses vies modernes sont le récit de jours et de jours à travailler pour l’achat, le remplacement, l’entretien et même pour le recyclage de l’un de ces 300 000 objets. La plupart de nos déplacements professionnels, avions, voitures, camions, bateaux, ont pour destination finale le « confort » du foyer. Soit beaucoup d’énergie consommée. Le foyer mérite son nom : il est bien le lieu où l’on brûle, où l’on consomme. 

Je peux recouper cette observation simplement en regardant la structure de l’empreinte carbone individuelle. Le principal contributeur question pollution est le chauffage : 100% lié au logement. Le second poste est le transport : 100% lié à l’emplacement du logement. Le quatrième poste est l’équipement en biens et équipements : probablement lié au logement à plus de 80%. Le seul poste de consommation important qui n’est pas trop corrélé au logement est l’alimentation (3e fauteur de trouble écologique). Ce pourquoi il est facile d’être écolo lambda : il suffit presque d’être végétarien.

Donc, premier constat : la maison individuelle, où l’on stocke nos avoirs, est un point névralgique, voire le point névralgique, de toutes les consommations. Si l’écolo lambda que je suis veut diviser sa consommation globale par quatre ou cinq, il peut raisonnablement commencer par diviser la taille de sa maison par quatre ou cinq. J’en parle d’autant plus facilement que j’habite une longère de 250 m2 habitables.

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